ACV dynamique : réelle avancée ou fausse bonne idée ?

 

L’entrée en vigueur de la RE 2020 se précise et les annonces intervenues en fin d’année dernière font couler beaucoup d’encre sur l’intérêt de la méthode poussée par le Ministère de la Transition Ecologique. ACV dynamique, réelle avancée ou fausse bonne idée ? Faisons le point.


Quelles limites pour l’approche ACV « statique » ?

Précisons tout d’abord que par ACV « statique », nous faisons référence à l’approche conventionnelle encadrée par la norme NF EN 15978 et plus récemment en France par le référentiel Energie-Carbone[1] largement testé dans le cadre de l’expérimentation E+C-.

Cette méthode consiste à utiliser des déclarations environnementales de produits (FDES, PEP ou encore MDEGD[2]) afin de les coupler à des données quantitatives spécifiques au bâtiment étudié (issues des métrés, DPGF, etc.). L’évaluation de l’impact environnemental d’un bâtiment est donc le résultat d’une somme de produits reposant sur des déclarations environnementales.

L’une des limites de ces déclarations réalisées selon une approche « statique » est que, lors de l’évaluation des impacts environnementaux, le moment où les consommations de ressources / émissions de substances ont lieu n’est pas considéré. En synthèse, la même émission générée lors de la phase de fabrication ou lors de la fin de vie entraînera exactement les mêmes impacts environnementaux. Ce point est particulièrement problématique pour les systèmes qui, comme les bâtiments, ont une longue durée de vie.

Qu’apporte l’approche ACV « dynamique » ?

L’ACV « dynamique » permet d’intégrer le facteur temps dans l’évaluation des impacts environnementaux et donc de ne plus considérer que l’ensemble des consommations de ressources / émissions de substances ont lieu au même moment. Elle est donc plus en phase avec la réalité physique des échanges entre un système et son environnement.

Appliquée aux bâtiments et à l’évaluation des émissions de gaz à effet serre (GES), l’approche dynamique peut offrir un éclairage différent sur plusieurs volets :

  • Stockage du carbone biogénique.
  • Dégradation de la performance technique des bâtiments.
  • Evolutions des mix énergétiques, technologiques ou encore au niveau de l’usage des bâtiments.

Intéressons-nous spécifiquement au stockage du carbone biogénique qui cristallise les débats autour de la RE 2020. Il s’agit du carbone stocké dans un matériau biosourcé qui est issu de la transformation du CO2 atmosphérique par photosynthèse.

Ce carbone est à minima séquestré sur l’ensemble de la phase d’utilisation du produit et est partiellement ou complètement réémis lors de sa fin de vie. Le matériau biosourcé prélève donc du CO2 présent dans l’air pour le stocker sur une longue période sous forme de carbone.

Ce phénomène physique qui concerne spécifiquement les matériaux biosourcés n’est aujourd’hui pas pris en compte dans les évaluations ACV « statiques » qui ne considèrent pas le déphasage induit par le recours à ce type de matériaux. L’approche dynamique propose, par la réalisation d’une segmentation temporelle des données d’inventaire et des modèles de caractérisation, d’évaluer plus justement ce phénomène de séquestration. C’est néanmoins relativement lourd et complexe à mettre en œuvre.

Quid de l’approche dynamique simplifiée présentée pour la RE 2020 ?

C’est pour pallier les limites de l’ACV « statique » mais aussi pour répondre à une volonté politique d’encourager le recours aux matériaux biosourcés qu’une approche dynamique « simplifiée » a été proposée dans le cadre de la RE 2020. Mais alors, pourquoi une approche simplifiée ? Tout simplement car l’approche dynamique décrite précédemment n’est pas directement compatible avec les « outils » à disposition actuellement. Le point le plus critique concerne les déclarations environnementales de la base INIES. Elles ne sont pas conçues pour intégrer une segmentation temporelle de leurs inventaires ni même à minima le contenu en carbone biogénique des produits. Les modifier représenterait un travail très important, notamment pour les déclarants, qui ne serait pas compatible avec l’agenda annoncé pour la future réglementation. Des méthodes alternatives ont alors été étudiées et évaluées dans le cadre du GE  » Stockage temporaire du carbone ».

L’approche retenue consiste à appliquer des coefficients de pondération à l’indicateur traduisant le potentiel de réchauffement climatique des matériaux biosourcés composant un bâtiment. En résumé, les valeurs exprimées en kgCO2éq dans les déclarations environnementales sont multipliées par des facteurs de pondération afin de prendre en considération la cinétique de dégradation du CO2.

La principale hypothèse simplificatrice consiste donc à considérer une vitesse de dégradation identique pour l’ensemble des GES alors que dans la réalité ce n’est absolument pas le cas puisque chaque gaz dispose de sa propre cinétique de dégradation. De fortes approximations sont également associées aux facteurs de pondération et aux dates réelles de séquestrations/émissions qui sont spécifiques à chaque produit. La réalité physique des échanges est donc largement approximée.

L’ACV dynamique a pour but d’apporter un éclairage complémentaire à celui fourni par l’ACV statique en proposant une méthode d’évaluation plus en phase avec la réalité physique des phénomènes mis en jeu. Néanmoins, les outils et données à disposition aujourd’hui ne sont pas prêts pour permettre l’implémentation en bonne et due forme de l’évaluation dynamique des impacts environnementaux.

La réponse apportée par la RE 2020 résulte probablement d’un arbitrage visant à faire converger une volonté louable d’évolution méthodologique avec les fortes contraintes associées aux outils existants et à un timing réglementaire serré. Le résultat est une proposition (très voire trop) simplifiée qui génère chez certains de l’incompréhension et chez d’autres un mécontentement plus ou moins bien argumenté et documenté. Le plus sage semble de prendre cette proposition méthodologique comme une première étape allant dans la bonne direction, mais qui nécessitera des ajustements, des évolutions pour répondre pleinement et correctement aux enjeux identifiés. Le plus complexe est certainement d’essayer de concilier le calendrier de développement « méthodologique » avec celui de la RE 2020. L’implémentation progressive de ce nouveau cadre d’évaluation pourrait alors être l’une des pistes à privilégier.

[1] http://www.batiment-energiecarbone.fr/documentation-a44.html

[2] Pour en savoir plus sur les données environnementales : https://www.linkedin.com/posts/escudero-alexandre_dossier-re2020-11-quelles-donn%C3%A9es-environnementales-activity-6681147562323394560-VtNU


Glossaire

  • ACV : Analyse de Cycle de Vie.
  • DPGF : Décomposition du Prix Global et Forfaitaire.
  • E+C- : Expérimentation Energie Carbone lancée fin 2016.
  • FDES : Fiche de Déclaration Environnementale et Sanitaire.
  • kgCO2éq : kilogramme CO2 équivalent. Unité de référence de l’indicateur ACV traduisant le « potentiel de Réchauffement Climatique ».
  • GE : Groupe d’Expertise réalisé dans le cadre de la préparation de la RE 2020.
  • GES : Gaz à Effet de Serre.
  • INIES : base de données environnementales française des produits et équipements de construction (https://www.inies.fr/accueil/).
  • MDEGD : Module de Données Environnemental Générique par Défaut.
  • PEP : Profil Environnemental Produit.
  • RE 2020 : Réglementation Environnementale 2020